
BYD, un nouvel “Evergrande” dans le secteur automobile chinois ?
Briac CHATELET
Publié le 05.07.2025
Ce 25 juin, plusieurs journaux ont parlé d'une baisse de production chez le géant automobile chinois BYD, après une année 2024 des plus remarquables. Un ralentissement suffisant pour que d'anciens démons rattrape l’entreprise. Le 23 mai 2025, le président de Great Wall Motors Wang Jianjun déclare qu’un “Evergrande de l’industrie automobile existait déjà” lors d’un entretien accordé à Sina.com. Par cette déclaration, il vise indirectement son principal rival et géant de l’industrie automobile électrique : BYD. Après la crise des liquidités du groupe Evergrande à partir de 2020 et l’échec partiel de son plan d’expansion, le spectre d’un nouveau scandale semble planer sur l’entreprise chinoise.
Mais que représente vraiment BYD ? Basé dans le sud de la Chine, cette entreprise est l’un des leaders du secteur High-Tech chinois et a connu une croissance exponentielle depuis plusieurs années. Plusieurs facteurs expliquent ce succès. Premièrement, il faut citer le succès de ses modèles majeurs couplé à des coups de fabrication réduits comparés à ses concurrents internationaux (environ 25% moins élevés). BYD a donc annoncé une vente de 4,3 millions de véhicules électriques et hybrides pour un revenu net d’un peu plus de 5 milliards sur l’année 2024, soit une hausse de 41% par rapport à l’année précédente. En comparaison, Tesla affichait 1,7 millions de véhicules électriques vendus pour un revenu total de 7,13 milliards sur l’année 2024, soit une baisse de 52% par rapport à l’année précédente. Par la suite, les différents revers de Tesla suite à la prise de position d’Elon Musk en tant que soutien de Donald Trump ainsi que les dysfonctionnements dans la conduite autonome ont grandement affecté le leader américain depuis le début d’année 2025.
BYD semblait donc avoir un boulevard avec cette année 2025. Pourtant, plusieurs obstacles sont apparus. Aux États-Unis, l’administration Trump a largement contrecarré les projets en imposant des droits de douanes à hauteur de 100%, de quoi nuire massivement à une expansion des activités. En Europe, BYD est vu comme un danger plutôt qu’une opportunité. Après les scandales des conditions de travail innommables des employés de l’entreprise au Brésil en 2023, c’est le risque d’une prédation des industriels européens qui freine Bruxelles. Coincé entre le dilemme de soutenir l’industrie plus écologique de la voiture électrique et préserver les industriels et emplois européens, l’Union européenne a choisi de maintenir ses droits de douanes à hauteur de 17% sur les produits chinois. Son plan d’action européen n’a pas eu le résultat escompté. Faute de modèles vraiment qualitatifs et d’un réseau solide de concessionnaires, les résultats européens ont été loin des attentes alors que BYD espérait voir ses ventes doubler. Toutefois, des projets de manufacture en Hongrie et en Turquie ont bien vu le jour, maintenant à flot les aspirations de BYD.
Mais ce qui inquiète surtout les observateurs, ce sont les pratiques financières de l’entreprise. Début janvier, un rapport du cabinet GMT, qui avait décelé les premières irrégularités chez Evergrande en 2016, alarme sur l’existence de dettes cachées par l’entreprise automobile. Officiellement, l’entreprise annonce une dette de 27 milliards de yuans pour un chiffre d’affaires de 301 milliards de yuans en 2024. Pourtant, selon GMT, le véritable montant de la dette serait de 323 milliards de yuans soit 40 milliards d’euros ou dix fois plus qu’annoncé initialement. De quoi rappeler le scandale de la bulle spéculative d’Evergrande. Pour le moment aucune déclaration n’a été faite si ce n’est en mai 2025 lorsque le dirigeant de BYD a réfuté toute comparaison avec l’ancien scandale. Pour l’entreprise, la dette est un support pour ses activités, lui permettant de financer massivement sa production et alimenter ses stocks destinés aux marchés européens, censés s’écouler grâce à des prix avantageux.
Cette dette, dont la majeure partie serait sans intérêts, servirait donc à la stratégie d’entreprise et ne constituerait pas un risque d’éclatement d’une nouvelle bulle. Il reste à voir si les récents revers de BYD vont confirmer ou non la stabilité de ce plan d’action.